Beaucoup de personnes ont une partie un peu sombre et triste dans leur histoire personnelle. Ce n'est pas une fatalité, on apprend à se construire avec.
Quand j'étais plus jeune, j'étais vraiment très introvertie et solitaire, et je crois que je le serai toujours un peu. Mais peu de personnes pourraient se faire une idée précise de ce que c'était. D'ailleurs, personne à l'époque n'a soupçonné ce que c'était vraiment. Parce que je suis une très bonne comédienne, parce que dans ma famille on se plaint pas "pour rien".
Depuis toute petite je souffrais d'un mal-être assez profond, j'avais le sentiment de ne pas être à ma place sur terre, comme si ma naissance était une erreur, ou que j'appartenais à une autre dimension et que j'étais perdue dans celle là. Concrètement, ça se traduisait par mon côté lunaire, toujours dans la lune, jamais vraiment là.
J'étais assez casanière, car la vie sociale que j'avais était pour moi une farce, un mensonge. Pourtant j'étais bien intégrée, bonne élève, copines, petits amis... Sauf que je ne me sentais pas du tout proche de leurs préoccupations à tous. La petite fille gâtée qui a tout ce qu'elle veut et qui s'invente des problèmes ? Je le croyais, et je me suis longtemps flagellé mentalement pour me punir.
Pourtant, je ne pouvais pas me cacher que je me sentais oppressée dans cette vie, incomprise, seule. Mais je me disais que cela ne me dérangeait pas tant que ça et que je pourrai faire ma vie ainsi, car le soir à la lueur des mes bougies parfumées, écrivant mes essais et nouvelles avec les étoiles comme seuls témoins, j'étais bien.
Et puis la vie continue. On se retrouve vraiment seul un jour au bord du gouffre, et on réagit en décidant de se bouger, c'est l'élément perturbateur tant attendu de notre autobiographie. On fait des rencontres qui changent notre perception des choses. On apprend à exister pour d'autres gens qui aiment exister pour nous. On se trouve une place sur terre.
Comme quoi, l'histoire peut bien se finir même pour les plus bizarres d'entre nous.
Mais dans mon cas, c'était crier victoire trop tôt.
Tous ces obscurs sentiments refoulés, cette méthode forte du « quand on veut on peut » changer sa vie, cette une rupture sentimentale traumatisante, des études longues et difficiles faites par dépit, les échecs qui s'en suivent, une relation destructrice, les démons qui reviennent hanter les nuits d'insomnies... Un jour, cela revient frapper très fort, comme un boomerang que l'on a pourtant voulu voir partir le plus loin possible.
Alors, la machine s'enraye, et on ne peut plus rien faire. C'est comme essayer de rester accrocher à une paroi qui s'éboule, ou d'essayer de rester à la surface de l'eau quand on ne sait pas nager.
La volonté et la maîtrise de moi dont j'étais si fière m'ont seulement permis de lancer un SOS. Pour la suite, je ne pouvais pas m'en sortir seule.
La suite, justement, est un étrange paradoxe. Je n'ai jamais autant souffert et eu aussi peur de moi que durant cette période, alors que j'étais pourtant bien entourée et bien moins seule qu'autrefois.
Et puis, il y avait la culpabilité : comment avouer aux gens qui vous aiment que vous vous sentez seule chaque jour de votre vie ?
De cette culpabilité a jailli une réalité réconfortante : ce n'est pas vrai, je ne suis pas seule, et à travers l'amitié et l'amour que l'on peut me porter, j'ai trouvé une place dans ce monde.
J'ai alors pu trouver le courage de combattre mes démons, de solder de vieux comptes, et surtout de trouver par moi-même ma petite place dans cette vie.
Je sais ce que vous allez dire... que je peux être fière du travail accompli, que je m'en suis sortie par moi-même parce que de toute façon, il n'y a que moi qui pouvait le faire. C'est vrai. Mais il y a une autre vérité. Sans ceux qui ont été là à chaque instant, et sans ceux qui m'ont attendue pendant tout ce temps, je ne sais pas où je serai aujourd'hui.
Alors, Merci.
Image originale chez
eleMENTALKA sur Deviant
Perfect Day est aussi et surtout le titre d'une chanson de Lou
Reed, qui colle très bien au thème de l'article d'ailleurs.
Levé 6h15 ce matin pour mettre ma Moutonnette dans son TGV après son séjour studieux à Paris. Quelques jours qui ont été assez intenses en émotions et boulversements pour nous deux, heureusement qu'on a pu compter sur Champion, les blagues internet et autres fous rires (les nerfs...
lol) pour tenir le coup ! Départ plutôt joyeux vu qu'on se revoit très vite, fin décembre.
8h10, elle monte dans son train et je pars vers ma destination du jour.
Et j'ai passé une journée super... Bien au chaud alors qu'il fait un froid hivernal dehors, enveloppée de douceur. C'était parfait de se sentir aussi bien, comme coupé du monde (je ne savais même pas qu'il avait un peu neigé ce midi, c'est pour dire...). J'ai complètement oublié de rentrer chez moi en fin de matinée, je suis restée jusqu'au soir, et je serai bien restée encore un peu.
Il y a des jours comme ça où on est parfaitement heureux. Ce dimanche en était un.
(image extraite du film Into the Wild)